Compte rendu

Prix de thèse de l’Association Française pour l’Étude de la Corée (AFPEC). Édition 2017

De gauche à droite : Marie-Orange Rivé-Lasan (membre de l’AFPEC), Valérie Gelézeau (présidente de l’AFPEC), Choi-Kim Sung-Hae (mécène du prix AFPEC – Choi Seung-un), Jeong Ae Ran (lauréate), Claire Vidal (représentante de la lauréate Chloé Paberz), Marc Orange (ancien président, membre d’honneur de l’AFPEC), Evelyne Chérel-Riquier (vice-présidente de l’AFPEC).

La séance s’est ouverte par le discours d’Evelyne Chérel-Riquier, vice-présidente de l’AFPEC et, à ce titre, organisatrice de l’édition 2017 de ce prix créé en 2013.

La candidature au prix de thèse de l’AFPEC 2017 était ouverte à toutes les thèses rédigées en français, soutenues entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2016, dans le domaine des études sur la Corée en sciences humaines et sociales.

Neuf candidatures ont été reçues et acceptées. Les thèses – dont huit ont été préparées dans des établissements situés à Paris et une à Strasbourg – s’inscrivent dans une des disciplines suivantes : « Géographie humaine et régionale », « Sociologie », « Ethnologie », « Arts du spectacle, théâtre et ethnoscénologie », « Arts, histoire et théorie », « Études cinématographiques et audiovisuelles », « Urbanisme », « Histoire et civilisations » et « Asie Orientale et Sciences humaines ».

Le jury du prix de thèse, composé d’Alain Delissen (président de l’AFPEC en 2015-2017), Evelyne Chérel-Riquier (vice-présidente de l’AFPEC), Alain Génetiot (enseignant-chercheur extérieur à l’AFPEC), Marc Orange et Marie-Orange Rivé-Lasan (membres de l’AFPEC) a examiné ces neuf thèses, toutes de grande qualité.

A l’issue de leurs délibérations :

1) le jury a décidé d’attribuer le Prix de thèse de l’AFPEC 2017 à Madame Chloé Paberz, pour sa thèse intitulée « La cité des héros. Ethnographie d’une petite entreprise de jeux vidéo en Corée du Sud », thèse en ethnologie dirigée par Madame Laurence Caillet, soutenue à l’université Paris Nanterre, le 17 novembre 2016.

2) le jury a décidé d’attribuer le Prix de thèse AFPEC – Choi Seung-Un (2017) « Linguistique, langages, arts et sémiologie » à Madame Jeong Ae Ran pour sa thèse intitulée « Les enjeux esthétiques et idéologiques de la musique et de la danse chosŏn de Kŭmgangsan Kagŭktan, une compagnie (nord) coréenne du Japon », thèse en Arts du spectacle, théâtre, ethnoscénologie dirigée par Monsieur Jean-François Dusigne, soutenue à l’université Paris 8, le mercredi 20 janvier 2016.

La présentation des deux lauréates

Photo lors de la remise du prix : à gauche Jeong Ae Ran, à droite Claire Vidal, représentante de Chloé Paberz lors de la cérémonie.

Mme Chloé Paberz, formée à l’ethnologie au sein de l’université Paris Nanterre, a mené une enquête de terrain de dix-huit mois à Séoul pour sa thèse qui porte sur la définition d’une modernité sud-coréenne fortement marquée par les techniques informatiques. A partir de l’ethnographie d’une petite entreprise qui affiche l’ambition de « révolutionner l’éducation » grâce au jeu vidéo, la thèse met en évidence la grande ambivalence de l’objet jeu vidéo, perçu à la fois comme salvateur et dangereux. Les professionnels du jeu vidéo sont très intimes avec ces machines investies d’une mission sociale, mais se révèlent extrêmement critiques envers les projets de l’entreprise et de la société coréenne.

Chloé Paberz effectue aujourd’hui un travail de recherche sur la place des artistes contemporains dans la société coréenne. Après un post-doctorat financé par une bourse du RESCOR en 2017, elle vient de commencer un second post-doctorat à l’université Ritsumeikan de Kyoto, dans le cadre d’un programme ‘short-term’ de la Japan Society for the Promotion of Science (JSPS). Pour cette raison, elle n’a malheureusement pas pu être présente à la cérémonie, mais a été représentée par une collègue et a pu transmettre son discours.

* * *

Mme Ae Ran Jeong a travaillé en tant que sud-coréenne au sein de la compagnie coréenne du Japon, qui a pour caractéristique d’entretenir des relations idéologiques et artistiques avec la Corée du Nord. Sa thèse porte sur l’adaptation des artistes au contexte politique très tendu entre la Corée du Nord, la Corée du Sud et le Japon. Si petits soient-ils, les choix artistiques opérés de manière individuelle ou institutionnelle, prennent ainsi du relief.

Ae Ran Jeong mène actuellement un post-doctorat financé par une bourse du RESCOR (2017-2018) sur la démarche de deux danseuses coréennes du Japon, l’une (nord) coréenne et l’autre (sud) coréenne, qui ouvrent par leur art un espace de l’entre-deux entre les deux Corées. Elle a également enseigné en tant que chargée de cours à Sangmyung University (2017) tout en assurant la direction de plusieurs pièces théâtrales à Séoul.

Les discours de remerciements des deux lauréates

Chers amis,

Chloé Paberz

Je suis très honorée de recevoir le prix de thèse de l’AFPEC 2017, et je tiens à remercier le jury pour cette distinction.

L’annonce de ce prix m’a autant surprise que réjouie, et je regrette de ne pas pouvoir être présente aujourd’hui pour fêter cette bonne nouvelle avec vous.

Le travail de thèse fut long et souvent ardu, si bien que je me suis parfois demandé s’il valait la peine d’être mené à son terme. Je suis heureuse de voir que ces efforts ont porté leurs fruits ; et surtout, ce prix me réconcilie avec ma thèse dont j’avais fini par ne plus voir que les défauts !

Comme la plupart d’entre vous le savent, ma thèse examine la construction d’une modernité technique à partir de l’ethnographie d’un lieu qui lui est dédié – en l’occurrence, une entreprise de jeux vidéo éducatifs à Séoul. Les désaccords qui affleurent dans le quotidien de cette entreprise témoignent des tensions qui entourent aujourd’hui la manière dont les uns et les autres envisagent le futur de la société coréenne. J’espère pouvoir vous présenter ce travail plus en détail dès mon retour, à l’automne prochain.

Enfin, je profite de cette remise de prix pour remercier chaleureusement les membres de l’AFPEC, qui, depuis plusieurs années, m’ont apporté leur soutien, tant académique que moral. Je trinque avec vous par la pensée et vous souhaite à tous une belle soirée et une excellente année 2018 !

Ae Ran Jeong :

C’est un grand plaisir et un honneur prodigieux pour moi de parler en tant que récipiendaire du prix de thèse AFPEC – Choi Seung-un 2017, étant donné les grandes qualités scientifiques de l’AFPEC. Cette dernière permet de porter une attention minutieuse à la Corée, un pays apparemment minuscule, rendu plus petit en raison de la division, mais certainement pas insignifiant. La division de la péninsule conduit souvent à des tensions politiques et militaires qui concernent la communauté mondiale et rend ainsi l’AFPEC encore plus importante. 

A vrai dire, la Corée ne me tenait pas beaucoup à cœur jusqu’à ce que je travaille sur ma thèse doctorale à l’université Paris 8 et avec le soutien appuyé de la professeure Valérie Gelézeau que j’apprécie énormément. Au cours de mes études sur la Corée, en particulier sur la performance diasporique nord-coréenne de l’ère postcoloniale, j’ai redécouvert à quel point ma vie était étroitement liée et façonnée sous tous ses aspects par les deux Corées.

Je ne suis inévitablement pas affranchie de la division coréenne. Pourtant, mes études doctorales m’ont guidée sur la façon d’aimer les Corées tout en embrassant les cicatrices, les blessures et la haine douloureuse qui entourent la division.

Je me suis souvent perçue comme étant intérieurement séparée, et comme un individu faible et vulnérable. Grâce au soutien de l’AFPEC, j’ai trouvé un regroupement qui m’a donné le courage d’aller plus loin. Ce prix représente beaucoup pour moi.

Je présente tout mon respect à vous qui êtes ici, professeurs, chercheurs, et membres de l’AFPEC, qui êtes mes modèles en tant que spécialistes, pédagogues et surtout parce que vous m’inspirez dans la manière dont je peux oser faire l’apprentissage de mon pays natal, la Corée divisée.

Je vous remercie.

* * * 

Evelyne Cherel-Riquier (université de La Rochelle), Valérie Gelézeau (EHESS), Jeong AeRan (Réseau des Études sur la Corée), Chloé Paberz (université Ritsumeikan de Kyoto)

Pages

Academy of Korean studies Inalco Université Paris Diderot-Paris 7 EHESS